L'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue

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Emploi et main-d'oeuvre , Jeunes

Études et travail au secondaire

– Mariella Collini

En Abitibi-Témiscamingue, les jeunes de 12 à 17 ans qui fréquentent le secondaire se démarquent par une plus grande propension à occuper un emploi durant l’année scolaire, comparativement à leurs homologues ailleurs au Québec. Regard sur cette réalité qui soulève des questionnements sur l’équilibre entre études et travail.




Selon les résultats de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS) 2022-2023, deux jeunes sur trois (67 %) occupent un emploi1 durant l’année scolaire2 dans la région, comparativement à un sur deux au Québec (51 %)3. La proportion régionale demeure stable depuis 2016-2017.

L’emploi selon le genre et l’âge des jeunes du secondaire

Au cours de l’année scolaire, les filles de la région sont significativement plus nombreuses que les garçons à occuper un emploi (70 % c. 64,5 %). Les proportions des filles et des garçons sont également plus élevées que celles de leurs consœurs (53 %) et confrères (48 %) du Québec. Depuis 2016-2017, la participation des garçons au travail a augmenté de manière significative, tandis que celle des filles a légèrement diminué.

De manière générale, l’emploi des jeunes augmente avec l’âge, un phénomène particulièrement prononcé chez les filles. Si seulement 51 % des élèves de 1re secondaire travaillent, cette proportion grimpe à 76 % en 5e secondaire. Chez les filles, ces proportions passent de 50 % à 90 %, tandis que chez les garçons, elles passent de 51 % à 77 %.

Pour l’ensemble des jeunes du secondaire, les résultats indiquent une diminution importante et significative de la proportion de jeunes du secondaire travaillant durant l’année scolaire en 1re secondaire, une relative stabilité en 2e, et une augmentation en 3e, 4e et 5e secondaires.

L’accès à un emploi régulier chez un employeur devient plus fréquent à mesure que les jeunes vieillissent. La proportion d’élèves travaillant pour un employeur passe de 21 % en 1re secondaire à 76 % en 5e secondaire, tandis que celle des jeunes effectuant des petits travaux passe de 31 % à 18 %.


 L’EQSJS en parallèle avec la nouvelle loi

Comme l’EQSJS 2022-2023 a été conçu avant l’adoption de la Loi sur l’encadrement du travail des enfants, ses résultats ne tiennent pas compte des effets de cette réglementation. Entrée en vigueur en 2023, la loi interdit le travail des jeunes de moins de 14 ans, sauf exception, et limite le nombre d’heures travaillées par ceux soumis à l’obligation scolaire. Ces changements pourraient influencer les tendances observées, en particulier chez les plus jeunes, et devront être suivis dans la prochaine édition de l’EQSJS.


Au chapitre de la charge de travail, les jeunes de la région présentent des horaires légèrement plus soutenus. Ils sont moins nombreux que leurs homologues québécois à travailler moins de 11 heures par semaine (56 % c. 61 %), mais davantage à travailler entre 11 et 15 heures (23 % c. 20 %) et 16 heures et plus (20 % c. 18 %). Cette réalité est particulièrement marquée chez les garçons, alors que 24 % travaillent 16 heures et plus par semaine, soit une proportion significativement plus élevée que celles des filles de la région (16 %) et des garçons du reste du Québec (21 %). Quant aux filles de la région, elles travaillent entre 11 à 15 heures dans une plus forte proportion que celles du Québec (24 % c. 20 %), mais sans distinction significative avec les garçons de la région (23 %).

Le nombre d’heures de travail augmente à mesure que les élèves progressent dans leur parcours scolaire. Par exemple, la proportion de jeunes travaillant 16 heures et plus passe de 10 % en 1re secondaire à 27 % en 5e secondaire.

Le nombre d’heures travaillées par les jeunes de la région est en augmentation depuis 2016-2017. Pour les jeunes travaillant entre 11 et 15 heures par semaine, leur part est passée de 15 % en 2016-2017 à 23 % en 2022-2023, et la part de ceux travaillant 16 heures et plus, de 17 % à 20 %.

Statut d’emploi des élèves du secondaire selon le genre et le niveau de scolaire et nombre d’heures travaillées durant l’année scolaire
> Abitibi-Témiscamingue, 2022-2023

 

Abitibi-Témiscamingue

Ensemble du Québec

Total
  - Garçons

  - Filles

67,3 % (+)

64,5 % (+)

70,1 % (+)

50,6 %

48,4 %

52,9 %

Niveau scolaire

  - 1re secondaire

  - 2e secondaire

  - 3e secondaire

  - 4e secondaire

  - 5e secondaire

 

50,6 % (+)

60,3 % (+)

72,9 % (+)

76,7 % (+)

83,5 % (+)

 

38,0 %

42,1 %

50,8 %

58,5 %

69,4 %

Nombre d’heures travaillées

  - Moins de 11 heures

  - 11 à 15 heures

  - 16 heures et plus

 

56,5 % (-)

23,5 % (+)

                   20,1 %

 

61,3 %

20,4 %

18,2 %

Note : (+)/(-) : Proportion significativement supérieure (+) ou inférieure (-) au seuil de 0,05 entre la région et le reste de la province. Source : ISQ, Recueils de tableaux de l’EQSJS : Expériences de travail et blessures liées à l’emploi - Tableaux régionaux.

Emploi et risque de décrochage scolaire

Selon les résultats de l’EQSJS, le risque de décrochage scolaire est significativement plus élevé en Abitibi-Témiscamingue qu’au Québec (25 % c. 18 %). Le risque de décrocher de l’école est plus grand chez les garçons (30 %) que chez les filles (20 %), et ces proportions sont significativement plus élevées que celles de leurs homologues du Québec (21 % et 15 %). Le risque de décrochage est également plus élevé dans la région qu'au Québec, que les jeunes travaillent (23 % c. 19 %) ou non (30 % c. 17 %). Cependant, ces données indiquent que le risque de décrochage est proportionnellement moins élevé dans la région chez les jeunes qui travaillent, comparativement à leurs pairs du Québec dans la même situation.

Il appert que ce n’est pas tant l’occupation d’un emploi qui influence le risque de décrochage des jeunes au secondaire, mais plutôt le nombre d’heures travaillées chaque semaine4. Ainsi, les jeunes travaillant 15 heures et moins par semaine présentent un risque de décrochage inférieur à la moyenne régionale, suggérant un équilibre entre études et travail. Inversement, au-delà de 16 heures de travail par semaine, 32 % des élèves sont à risque de décrocher, ce qui laisse entrevoir qu’une charge de travail excessive peut avoir un effet négatif sur la persévérance scolaire.

Indice de risque de décrochage scolaire selon le genre, le niveau scolaire et le nombre d’heures travaillées sur une base hebdomadaire
> Abitibi-Témiscamingue, 2022-2023

 

Abitibi-Témiscamingue

Ensemble du Québec

Total
  - Garçons

  - Filles

25,1 % (+)

30,2 % (+)

19,7 % (+)

18,1 %

20,6 %

15,5 %

Niveau scolaire

  - 1re secondaire

  - 2e secondaire

  - 3e secondaire

  - 4e secondaire

  - 5e secondaire

 

22,7 %

26,2 %

      32,2 % (+)

23,6 %

18,1 %

 

15,4 %

17,4 %

21,9 %

20,6 %

14,7 %

Statut d’emploi

  - En emploi

  - Sans emploi

 

22,7 % (+)

29,6 % (+)

 

18,8 %

16,8 %

Nombre d’heures travaillées

  - Moins de 11 heures

  - 11 à 15 heures

  - 16 heures et plus

 

       20,7 % (+)

18,9 %

31,9 %

 

14,8 %

20,0 %

30,7 %

Note : (+)/(-) : Proportion significativement supérieure (+) ou inférieure (-) au seuil de 0,05 entre la région et le reste de la province. Source : ISQ, Recueils de tableaux de l’EQSJS : Adaptation sociale et santé mentale – Tableaux régionaux.

Notes :

1. Occuper un emploi peut signifier : effectuer des petits travaux contre une rétribution (garde d’enfants, tonte du gazon dans le quartier, etc.), travailler dans l’entreprise familiale, avec ou sans rémunération, travailler pour un employeur en retour d’un salaire. Ne comprend pas les tâches ménagères à la maison contre de l’argent de poche.
2. Ne comprend pas l’emploi estival.
3. L’emploi devait être occupé au moment de la collecte de données, ce qui peut induire une sous-estimation de la proportion d’élèves occupant un emploi durant l’année scolaire.

Sources : Institut de la statistique du Québec (ISQ), Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS). Résultats de la troisième édition – 2022-2023, 2024 et Recueils de tableaux.
BEAULÉ, Guillaume, Fascicules sur la santé des jeunes du secondaire de l’EQSJS 2022-2023, Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue, 2024 et 2025.

Article de l'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue diffusé le 10 mars 2025

 



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